ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī
Le maître de Bagdad et la voie Qādiriyya
ʿAbd al-Qādir ibn Abī Ṣāliḥ ʿAbd Allāh al-Jīlānī est né en 471 H (1078) dans la région du Gīlān, au sud de la mer Caspienne (Iran). Il est mort à Bagdad le 10 rabīʿ II 561 H (1166), à quatre-vingt-dix ans. L’imam adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 20, n° 286) comme « le shaykh, l’imam, le savant, l’ascète, le connaissant de Dieu, le modèle, shaykh al-islām, l’étendard des saints, le ḥanbalite, le shaykh de Bagdad ». La tradition le rattache à la famille du Prophète ﷺ.
Études à Bagdad
Arrivé jeune à Bagdad, en 488 H, il étudia le fiqh ḥanbalite auprès d’Abū Saʿd al-Mukharrimī, d’Ibn ʿAqīl, d’Abū l-Khaṭṭāb et d’Abū l-Ḥusayn ibn al-Farrāʾ, « jusqu’à maîtriser les fondements, les branches et la jurisprudence comparée », selon Ibn an-Najjār. Il entendit le hadith et étudia la langue auprès d’Abū Zakariyyā at-Tibrīzī.
Les années d’ascèse
Il vécut ensuite des années de retraite, d’ascèse et d’errance dans les ruines et le désert. Il raconte lui-même la faim de ces années : « Je me nourrissais de caroubes sauvages et de feuilles de laitue au bord du fleuve. » Un jour de disette, presque mourant, il reçut de la nourriture d’un jeune homme de son pays. Celui-ci découvrit alors qu’il nourrissait celui qu’il cherchait : il avait été chargé par la mère de ʿAbd al-Qādir de lui remettre huit dinars, et avait dû en utiliser une partie pour survivre. ʿAbd al-Qādir le rassura et lui en laissa une partie.
Il fut le compagnon de l’ascète Ḥammād ad-Dabbās, qui l’éprouvait durement, puis rencontra Yūsuf al-Hamadhānī, qui l’encouragea à prêcher : « Monte en chaire et parle, je vois en toi une grappe qui deviendra un palmier. »
Le prédicateur
En 521 H, il commença ses assemblées de prédication. Ibn al-Jawzī rapporte que l’école de son maître al-Mukharrimī, qui lui fut confiée, devint trop petite pour la foule. Il prêchait alors près du rempart de Bagdad, et beaucoup se repentaient dans ses assemblées. L’école fut agrandie, et il y enseigna et prêcha jusqu’à sa mort.
As-Samʿānī, qui le visita, le décrit comme « l’imam et le shaykh des ḥanbalites de son temps, juriste, pieux, religieux, bon, qui invoquait beaucoup Dieu, toujours en méditation, aux larmes promptes ».
ʿAbd al-Qādir disait : « J’ai examiné toutes les œuvres, et je n’en ai trouvé aucune de meilleure que de nourrir les gens. Je voudrais que le monde soit dans ma main pour le donner à manger aux affamés. » Il disait aussi : « Plus de cinq cents personnes ont embrassé l’islam par mes mains, et plus de cent mille se sont repenties. »
Ses élèves
Parmi ceux qui étudièrent auprès de lui figurent as-Samʿānī, le ḥāfiẓ ʿAbd al-Ghanī al-Maqdisī et Muwaffaq ad-Dīn Ibn Qudāma. Ce dernier raconte : « Nous l’avons connu à la fin de sa vie. Il nous logea dans son école et prenait soin de nous. Il envoyait parfois son fils Yaḥyā allumer notre lampe, ou nous faisait porter à manger de chez lui. Je lisais devant lui, de mémoire, le Mukhtaṣar d’al-Khiraqī, et ʿAbd al-Ghanī lisait al-Hidāya. Nous sommes restés auprès de lui un mois et neuf jours, puis il mourut. Je n’ai entendu parler de personne à qui l’on attribue plus de prodiges qu’à lui, et je n’ai vu personne que les gens vénéraient davantage pour sa religion. »
Croyance et prodiges
Selon Abū Bakr al-ʿImād, il disait en chaire : « Notre croyance est celle des pieux prédécesseurs et des compagnons. » Au jeune ʿUmar as-Suhrawardī, qui voulait se consacrer au kalām, il dit : « Ce n’est pas une provision pour la tombe. »
Le juriste shāfiʿite ʿIzz ad-Dīn ibn ʿAbd as-Salām disait : « Les prodiges d’aucun homme ne nous ont été transmis de façon aussi massive que ceux du shaykh ʿAbd al-Qādir. » Adh-Dhahabī nuance : « Aucun grand maître n’a autant d’états spirituels et de prodiges que lui, mais beaucoup ne sont pas authentiques. » Il conclut : « En somme, le shaykh ʿAbd al-Qādir est d’un grand rang. On lui reproche certaines paroles et prétentions, et une partie de cela lui est faussement attribuée. »
Une parole
« Les créatures sont un voile entre toi et ton âme, et ton âme est un voile entre toi et ton Seigneur. »
Ses ouvrages
Al-Ghunya li-ṭālibī ṭarīq al-ḥaqq est un manuel qui réunit croyance, fiqh, morale et spiritualité. Futūḥ al-ghayb et al-Fatḥ ar-rabbānī rassemblent ses discours et conseils spirituels.
La Qādiriyya
Après sa mort, ses fils et disciples organisèrent la voie Qādiriyya, l’une des plus anciennes et des plus répandues. En Afrique de l’Ouest, elle fut diffusée notamment par la famille des Kunta, et elle a marqué profondément l’histoire religieuse du Sénégal, de la Mauritanie, du Mali et du Nigeria.
Sa mort
Il mourut le 10 rabīʿ II 561 H, à quatre-vingt-dix ans. Une foule innombrable suivit son cortège, et il fut enterré dans son école, à Bagdad.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 20, n° 286, qui cite notamment as-Samʿānī, Ibn al-Jawzī et Ibn an-Najjār.
Photo : miniature représentant ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī.