ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās
« Le savant de la communauté » et l’interprète du Coran
Abū l-ʿAbbās ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās ibn ʿAbd al-Muṭṭalib al-Hāshimī, cousin du Prophète ﷺ, naquit dans le ravin des Banū Hāshim à La Mecque, trois ans avant l’Hégire, pendant le boycott de Quraysh. Il mourut à Ṭāʾif en 68 H (687), à soixante et onze ans. Adh-Dhahabī l’appelle dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 3, n° 51) « la mer, le savant de la communauté, le juriste de son époque, l’imam de l’exégèse ».
L’invocation du Prophète ﷺ
Il ne fut compagnon du Prophète ﷺ que trente mois environ, mais en garda une science considérable. Le Prophète ﷺ le serra contre lui et invoqua : « Ô Dieu, donne-lui la compréhension de la religion et enseigne-lui l’interprétation (du Coran). » (al-Bukhārī et Muslim)
اللَّهُمَّ فَقِّهْهُ فِي الدِّينِ، وَعَلِّمْهُ التَّأْوِيلَ
L’étudiant infatigable
Après la mort du Prophète ﷺ, il dit à un jeune des Anṣār : « Allons interroger les compagnons, ils sont encore nombreux. » L’autre s’étonna qu’on ait besoin de lui un jour. Ibn ʿAbbās se mit à aller frapper aux portes. Il raconte : « Quand j’apprenais qu’un homme avait un hadith, j’allais à sa porte à l’heure de la sieste. Je posais mon manteau sous ma tête, devant sa porte, et le vent me couvrait de poussière. Il sortait et disait : “Cousin du Messager de Dieu, pourquoi ne m’as-tu pas fait appeler ?” Je répondais : “C’est à moi de venir à toi.” » Des années plus tard, le jeune homme vit les gens rassemblés autour d’Ibn ʿAbbās et dit : « Ce garçon était plus intelligent que moi. »
Le jeune homme parmi les anciens
ʿUmar l’admettait dans son conseil avec les vétérans de Badr. Certains s’en étonnèrent. ʿUmar leur demanda ce que signifiait la sourate an-Naṣr ; ils donnèrent le sens apparent. Ibn ʿAbbās dit : « C’est l’annonce de la fin de la vie du Messager de Dieu ﷺ. » ʿUmar dit : « Je n’en sais pas autre chose que ce que tu en dis. » (al-Bukhārī) Ibn Masʿūd disait de lui : « Quel excellent interprète du Coran est Ibn ʿAbbās ! »
Le maître de La Mecque
Ses cours réunissaient le Coran, le fiqh, les expéditions, la poésie et la langue arabe, un jour chacun. Il expliquait les mots rares du Coran par la poésie arabe ancienne. Parmi ses élèves figurent Mujāhid, ʿIkrima, Saʿīd ibn Jubayr, ʿAṭāʾ, Ṭāwūs : l’école exégétique de La Mecque est son école. On lui attribue mille six cent soixante hadiths.
Ses avis juridiques sont étudiés dans les quatre écoles, y compris quand il s’écarte de la majorité des compagnons, comme sur certaines questions d’héritage.
Un dialogue avec les Khawārij
À la demande de ʿAlī, il alla débattre avec les Khawārij. Par ses arguments tirés du Coran et de la Sunna, il en ramena une partie, plusieurs milliers selon les récits.
Sa fin
Il perdit la vue à la fin de sa vie, et se retira à Ṭāʾif. Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya pria sur lui et dit : « Aujourd’hui est mort le savant (rabbānī) de cette communauté. »
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 3, n° 51.