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Abū Dāwūd al-Sijistānī

Abū Dāwūd al-Sijistānī

Savant
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Biographie

Abū Dāwūd al-Sijistānī (202-275 H / 817-889) fut l’un des grands maîtres du hadith. Disciple d’Aḥmad ibn Ḥanbal, il compila les Sunan, recueil d’environ 4 800 hadiths choisis parmi un demi-million, centré sur les hadiths utiles au droit. Son livre compte parmi les six grands recueils de la tradition sunnite.

Abū Dāwūd as-Sijistānī

L’auteur des Sunan, « le cheval de course du hadith »

Abū Dāwūd Sulaymān ibn al-Ashʿath al-Azdī as-Sijistānī est né en 202 H (817) dans le Sijistān, une région située aujourd’hui entre l’Iran et l’Afghanistan. Il est mort à Bassora le 16 shawwāl 275 H (889). L’imam adh-Dhahabī, qui lui consacre une longue notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 13, n° 117), le présente ainsi : « l’imam, le maître de la Sunna, le premier des ḥāfiẓ, le muḥaddith de Bassora ».

Sa famille gardait des biens et des fondations pieuses au Sijistān. On l’appelait aussi as-Sijzī, d’après Zaranj, la capitale de la région. Adh-Dhahabī rejette l’opinion selon laquelle il viendrait d’un village du même nom près de Bassora.

Un grand voyageur

Abū Dāwūd raconte lui-même ses débuts : « Je suis né en 202. J’ai prié sur la dépouille de ʿAffān en 220. Je suis entré à Bassora le lendemain de la mort de ʿUthmān ibn al-Haytham. » Il entra à Bagdad à dix-huit ans, avant même de voir Bassora.

Il étudia ensuite dans presque tout le monde musulman :

  • à La Mecque, auprès d’al-Qaʿnabī et de Sulaymān ibn Ḥarb ;
  • à Bassora, auprès de Muslim ibn Ibrāhīm, Abū l-Walīd aṭ-Ṭayālisī et Mūsā ibn Ismāʿīl ;
  • à Kūfa, à Alep, à Ḥarrān, à Ḥimṣ et à Damas ;
  • au Khorassan, auprès d’Isḥāq ibn Rāhwayh, et à Balkh, auprès de Qutayba ibn Saʿīd ;
  • à Bagdad, auprès d’Aḥmad ibn Ḥanbal, Yaḥyā ibn Maʿīn et ʿAlī ibn al-Madīnī ;
  • en Égypte, auprès d’Aḥmad ibn Ṣāliḥ.

Il voyagea plus tard avec son fils Abū Bakr, pour lui faire entendre les maîtres encore vivants. Il disait avec humilité, en évoquant les maîtres qu’il n’avait pas pu entendre : « Le hadith est une subsistance », que Dieu répartit comme Il veut.

L’élève de l’imam Aḥmad

Adh-Dhahabī souligne qu’Abū Dāwūd était, en plus de son rang dans le hadith, « l’un des grands juristes ». Il fut l’un des meilleurs élèves de l’imam Aḥmad. Il suivit longtemps ses cours et l’interrogea sur les questions les plus fines du droit et de ses fondements. Ses questions forment un livre, publié sous le titre Masāʾil al-imām Aḥmad. L’imam Aḥmad lui-même entendit d’Abū Dāwūd un hadith, ce dont Abū Dāwūd était fier.

On disait que la conduite des savants se transmettait comme un héritage : ʿAlqama ressemblait à Ibn Masʿūd, an-Nakhaʿī à ʿAlqama, et ainsi de suite jusqu’à Wakīʿ, puis Aḥmad, puis Abū Dāwūd, qui « ressemblait à Aḥmad ».

Les Sunan

Abū Dāwūd dit : « J’ai écrit cinq cent mille hadiths du Messager de Dieu ﷺ. J’en ai choisi ceux que j’ai mis dans ce livre : quatre mille huit cents hadiths. J’y ai mentionné l’authentique, et ce qui lui ressemble ou s’en approche. » Il ajoutait : « Quand un hadith présente une grande faiblesse, je l’ai signalée. »

Il présenta son livre à l’imam Aḥmad, qui l’apprécia et le jugea excellent. Les Sunan sont centrées sur les hadiths utiles au droit, ce qui en fait un livre de référence pour les juristes des quatre écoles.

Plusieurs élèves transmirent les Sunan, avec de petites différences : al-Luʾluʾī (la version la plus diffusée en Orient), Ibn Dāsa (la version suivie au Maghreb et par al-Khaṭṭābī), Ibn al-ʿAbd et Ibn al-Aʿrābī.

Ce que les savants ont dit des Sunan

  • Ibrāhīm al-Ḥarbī et aṣ-Ṣāghānī : « Quand Abū Dāwūd composa les Sunan, le hadith fut assoupli pour lui comme le fer fut assoupli pour le prophète Dāwūd. »
  • Muḥammad ibn Makhlad : « Son livre devint pour les gens du hadith comme le muṣḥaf : ils le suivaient et ne le contredisaient pas. »
  • Zakariyyā as-Sājī : « Le Livre de Dieu est le fondement de l’islam, et le livre d’Abū Dāwūd en est le pacte. »
  • Ibn Manda : ceux qui ont distingué l’authentique du défectueux sont quatre : al-Bukhārī, Muslim, puis Abū Dāwūd et an-Nasāʾī.

Quatre hadiths qui suffisent ?

Abū Dāwūd disait que, parmi les hadiths de son livre, quatre suffisent à l’homme pour sa religion :

  1. « Les actes ne valent que par les intentions. »
  2. « Fait partie du bon islam d’une personne qu’elle délaisse ce qui ne la regarde pas. »
  3. « Le croyant n’est pas croyant tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. »
  4. « Le licite est clair, et l’illicite est clair… »

Adh-Dhahabī nuance aussitôt : « Dire qu’ils suffisent n’est pas exact. Le musulman a besoin, avec le Coran, d’un grand nombre de hadiths authentiques. » Il voulait dire que ces quatre hadiths résument des principes essentiels.

Le silence d’Abū Dāwūd

Que vaut un hadith sur lequel Abū Dāwūd ne dit rien ? Adh-Dhahabī explique qu’Abū Dāwūd signalait les faiblesses graves et pouvait se taire sur les faiblesses légères. Son silence ne veut donc pas toujours dire que le hadith est bon. Adh-Dhahabī classe ainsi le contenu des Sunan :

  • d’abord les hadiths aussi rapportés par al-Bukhārī et Muslim, soit près de la moitié du livre ;
  • puis ceux que rapporte l’un des deux seulement ;
  • puis ceux qu’ils n’ont pas retenus mais dont la chaîne est bonne ;
  • puis ceux dont la chaîne est acceptable, ou renforcée par d’autres voies ;
  • enfin les hadiths faibles, qu’Abū Dāwūd signale le plus souvent.

Ces explications sont restées une référence pour lire les Sunan.

Le savoir rend les gens égaux

Le prince al-Muwaffaq, frère du calife, vint un soir chez Abū Dāwūd à Bagdad avec trois demandes. La première : qu’il s’installe à Bassora, ruinée par la révolte des Zanj, pour que les étudiants y reviennent. La deuxième : qu’il enseigne les Sunan à ses enfants. Abū Dāwūd accepta les deux. La troisième : qu’il leur réserve une séance à part, car les enfants des califes ne s’assoient pas avec le peuple. Abū Dāwūd refusa : « Cela, non. Les gens sont égaux dans le savoir. » Les princes vinrent donc écouter avec tout le monde, assis derrière un rideau.

Quelques traits

  • Il avait une manche large et une manche étroite : « La large est pour les livres, l’autre ne sert à rien. »
  • « Le meilleur discours est celui qui entre dans l’oreille sans demander la permission. »
  • Le grand ascète Sahl at-Tustarī vint le voir et lui demanda de sortir sa langue, « celle avec laquelle tu rapportes les hadiths du Messager de Dieu ﷺ », pour l’embrasser. Abū Dāwūd accepta.

Ce que les savants ont dit de lui

  • Mūsā ibn Hārūn : « Abū Dāwūd a été créé dans ce monde pour le hadith, et dans l’autre pour le Paradis. Je n’ai pas vu plus méritant que lui. »
  • Ibn Ḥibbān : « L’un des imams du monde en fiqh, en science, en mémoire, en dévotion, en scrupule et en rigueur. Il a rassemblé, composé et défendu les sunan. »
  • Al-Ḥākim : « L’imam des gens du hadith de son époque, sans conteste. »
  • Al-Khallāl : « L’imam le plus avancé de son temps, que personne n’a devancé dans la connaissance des sources du savoir. »

Sa doctrine

Adh-Dhahabī précise qu’il suivait la voie des pieux prédécesseurs : suivre la Sunna, s’y soumettre, et éviter les débats spéculatifs du kalām.

Ses élèves

Parmi ceux qui transmirent de lui figurent at-Tirmidhī dans son Jāmiʿ, an-Nasāʾī selon certains, son fils Abū Bakr ibn Abī Dāwūd, Abū ʿAwāna al-Isfarāyīnī, Ibn Abī d-Dunyā et Abū Bakr al-Khallāl.

Ses œuvres

  • As-Sunan, l’un des six recueils de référence.
  • Al-Marāsīl, sur les hadiths transmis sans le nom du compagnon.
  • Masāʾil al-imām Aḥmad, ses questions à l’imam Aḥmad.
  • Les Questions d’al-Ājurrī, ses jugements sur les transmetteurs.
  • Kitāb an-Nāsikh wa l-mansūkh et Kitāb al-Qadar, mentionnés par adh-Dhahabī.

Sa mort

Selon son élève Abū ʿUbayd al-Ājurrī, Abū Dāwūd mourut à Bassora le 16 shawwāl 275 H (février 889), à soixante-treize ans.

Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 13, n° 117, qui s’appuie notamment sur le Tārīkh Baghdād d’al-Khaṭīb et le Tārīkh Dimashq d’Ibn ʿAsākir.

Oeuvres notables

As-Sunan ; al-Marāsīl ; Masāʾil al-imām Aḥmad ; Suʾālāt al-Ājurrī ; an-Nāsikh wa l-mansūkh ; Kitāb al-Qadar.