Abū Yūsuf
Le premier grand juge de l’islam
Abū Yūsuf Yaʿqūb ibn Ibrāhīm al-Anṣārī, de Kūfa, descendant d’un compagnon anṣārī, mourut à Bagdad en rabīʿ al-ākhir 182 H (798), vers soixante-neuf ans. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ comme « l’imam, le grand juriste, le juge des juges ».
L’élève d’Abū Ḥanīfa
Fils d’une famille pauvre, il étudiait au lieu de travailler. Abū Ḥanīfa, voyant ses qualités, prit en charge les besoins de sa famille pour qu’il puisse continuer. Il fut son élève le plus proche pendant dix-sept ans. Il apprit aussi le hadith de Hishām ibn ʿUrwa, d’al-Aʿmash, de Muḥammad ibn Isḥāq et d’autres. Yaḥyā ibn Maʿīn et Aḥmad ibn Ḥanbal le jugeaient sûr en hadith, à la différence d’autres juristes de l’école du raisonnement. Aḥmad disait : « Au début, quand je voulus apprendre le hadith, je suis allé chez Abū Yūsuf. »
Le grand juge
Il fut juge de Bagdad sous trois califes, puis Hārūn ar-Rashīd le nomma « qāḍī l-quḍāt », premier titulaire de ce titre. Il nommait les juges des provinces, ce qui contribua à l’extension de l’école ḥanafite.
Le Kitāb al-Kharāj
À la demande de Hārūn ar-Rashīd, il écrivit le Kitāb al-Kharāj, traité sur les finances publiques : impôt foncier, zakāt, butin, statut des non-musulmans. Il y rappelle au calife ses devoirs de justice et de miséricorde envers les sujets. C’est l’un des plus anciens ouvrages de fiqh qui nous soient parvenus.
Le désaccord respectueux
Il s’écartait parfois d’Abū Ḥanīfa quand il découvrait un hadith : la doctrine ḥanafite tient compte de ses avis et de ceux de Muḥammad ash-Shaybānī. On rapporte qu’après une discussion avec Mālik à Médine sur la mesure du ṣāʿ, il revint à l’avis de Mālik et dit : « Si mon maître avait vu ce que j’ai vu, il serait revenu sur son avis comme moi. »
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 8, n° 141.