Al-Ḥajjāj ibn Yūsuf ath-Thaqafī
Le gouverneur redouté
Abū Muḥammad al-Ḥajjāj ibn Yūsuf ath-Thaqafī, de la tribu de Thaqīf, naquit à Ṭāʾif vers 41 H et mourut à Wāsiṭ, la ville qu’il avait fondée, en ramaḍān ou shawwāl 95 H (714), vers cinquante-quatre ans. Adh-Dhahabī lui consacre une notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 4, n° 117), où il donne ce jugement resté célèbre :
« Il était injuste, tyrannique, hostile à la famille du Prophète, mauvais et versant le sang. Il avait du courage, de l’audace, de la ruse et de l’intelligence, de l’éloquence et de l’art de la parole, et il magnifiait le Coran. […] Nous ne l’insultons pas, mais nous ne l’aimons pas : nous le détestons pour Dieu. Il a des bonnes actions noyées dans l’océan de ses péchés, et son affaire revient à Dieu. »
De maître d’école à gouverneur
Il fut d’abord maître d’école à Ṭāʾif, puis entra dans la police du calife ʿAbd al-Malik. En 73 H, il assiégea La Mecque, où ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr s’était proclamé calife ; il bombarda la ville avec des catapultes, tua Ibn az-Zubayr et exposa son corps. Asmāʾ bint Abī Bakr, la mère d’Ibn az-Zubayr, lui dit alors en face qu’il était « le destructeur » annoncé par le Prophète ﷺ parmi les gens de Thaqīf.
Le gouverneur de l’Irak
Nommé gouverneur de l’Irak en 75 H, il imposa l’ordre par la terreur. Son premier discours à Kūfa est resté célèbre : « Je vois des têtes mûres, dont le temps de la cueillette est venu. » Il réprima durement la révolte d’Ibn al-Ashʿath, à laquelle avaient participé de nombreux lecteurs du Coran. Il fit exécuter Saʿīd ibn Jubayr en 95 H et maltraita Anas ibn Mālik, avant que le calife ne l’en blâme.
Ses réalisations
Il administra efficacement les finances, développa l’agriculture et les canaux de l’Irak et soutint les conquêtes en Inde et en Asie centrale. Pour éviter les erreurs de lecture, il fit ajouter au muṣḥaf des points distinguant les lettres et des signes de vocalisation, travail réalisé par Naṣr ibn ʿĀṣim et Yaḥyā ibn Yaʿmar.
Le jugement des savants
Ṭāwūs, al-Ḥasan al-Baṣrī et d’autres le critiquaient. Al-Ḥasan conseillait pourtant de ne pas se révolter contre lui par les armes, mais de supporter son injustice par la patience et la supplication. ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz disait : « Si chaque communauté venait au Jour dernier avec ses pires, et que nous venions avec al-Ḥajjāj, nous les dépasserions. » Les savants des quatre écoles s’accordent à le considérer comme un tyran, en laissant son sort final à Dieu.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 4, n° 117.