Asmāʾ bint Abī Bakr
« Dhāt an-Niṭāqayn », la femme aux deux ceintures
Umm ʿAbd Allāh Asmāʾ bint Abī Bakr aṣ-Ṣiddīq, sœur aînée de ʿĀʾisha d’une dizaine d’années et épouse d’az-Zubayr ibn al-ʿAwwām, mourut à La Mecque en 73 H (692), à près de cent ans, quelques jours après son fils ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr. Adh-Dhahabī la présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 2, n° 52) comme « la mère du calife ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr, la sœur de la mère des croyants ʿĀʾisha, la dernière des émigrés et des émigrées à mourir ». Il remarque qu’elle, son père, son grand-père et son fils étaient tous les quatre compagnons du Prophète ﷺ.
Les deux ceintures
Elle raconte : « J’ai préparé les provisions du Prophète ﷺ dans la maison de mon père quand il voulut émigrer. Je ne trouvai rien pour attacher son sac de provisions et son outre. Je dis à mon père : “Je n’ai que ma ceinture.” Il me dit : “Coupe-la en deux, et attache-les avec.” C’est pour cela qu’on m’a appelée “la femme aux deux ceintures”. » (al-Bukhārī) Pendant les trois nuits où le Prophète ﷺ et son père se cachaient dans la grotte de Thawr, elle leur apportait de la nourriture.
Une femme de courage
Elle émigra à Médine enceinte de ʿAbd Allāh, le premier enfant né de parents émigrés après l’Hégire. Elle partagea avec az-Zubayr des débuts très pauvres : elle racontait qu’elle portait sur la tête des noyaux de dattes depuis le terrain d’az-Zubayr, à deux tiers de parasange de Médine, et qu’elle soignait leur cheval. Elle assista à la bataille d’al-Yarmūk avec son mari.
Elle était aussi très généreuse. Elle disait à ses enfants : « Dépensez et faites l’aumône, n’attendez pas d’avoir du superflu. »
Sa parole face à al-Ḥajjāj
En 73 H, son fils ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr, calife à La Mecque, fut assiégé par l’armée d’al-Ḥajjāj. Avant le dernier combat, elle l’encouragea à mourir avec dignité plutôt que de se rendre. Après sa mort, al-Ḥajjāj fit exposer son corps et vint voir Asmāʾ, désormais très âgée et aveugle, pour lui dire que son fils avait profané la Maison sacrée. Elle lui répondit :
« Tu mens. Il était bon envers sa mère, jeûnait souvent et priait la nuit. Mais le Messager de Dieu ﷺ nous a annoncé que deux imposteurs sortiraient de Thaqīf, le second pire que le premier : un destructeur. »
Elle mourut quelques jours après. On dit qu’elle n’avait perdu aucune dent et que son esprit était resté intact.
On lui attribue cinquante-huit hadiths, dont treize dans les deux Ṣaḥīḥ. Elle rapporta notamment la permission du Prophète ﷺ concernant le ḥajj tamattuʿ.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 2, n° 52.