Fakhr al-Dīn al-Rāzī
L’Imam du raisonnement
Abū ʿAbd Allāh Muḥammad ibn ʿUmar, Fakhr al-Dīn al-Rāzī, est né en 544 H (1149) à Rayy, près de l’actuelle Téhéran, et mort à Hérat en 606 H (1210). Son père, prédicateur et savant, fut son premier maître. On l’appelait souvent simplement « al-Imām ».
Une vie de débats
Al-Rāzī voyagea au Khwarezm, en Transoxiane et en Afghanistan, où il débattit avec les théologiens muʿtazilites, les philosophes et les savants d’autres écoles. Il bénéficia de la protection des souverains ghurides puis khwarezmiens et finit sa vie à Hérat, entouré de nombreux élèves.
Mafātīḥ al-ghayb
Son exégèse du Coran, Mafātīḥ al-ghayb (« Les Clés de l’inconnu »), aussi appelée at-Tafsīr al-kabīr, est une véritable encyclopédie. Pour chaque passage, al-Rāzī expose les questions de langue, de droit, de théologie, de philosophie et de sciences naturelles, examine les objections possibles et y répond. Le commentaire fut achevé après sa mort par certains de ses disciples.
Fondements du droit et théologie
Al-Maḥṣūl fī ʿilm uṣūl al-fiqh est l’un des textes fondamentaux de la science des fondements du droit, abondamment résumé et commenté. En théologie, al-Maṭālib al-ʿāliya, al-Arbaʿīn et Asās al-taqdīs montrent sa manière d’intégrer les outils de la philosophie à la défense de la foi. Son commentaire critique des Ishārāt d’Ibn Sīnā a également marqué l’histoire de la philosophie.
Ce qu’en dit adh-Dhahabī
L’imam adh-Dhahabī lui consacre une notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 21, n° 261). Il le présente comme « le très grand savant aux multiples disciplines, Fakhr ad-Dīn, l’exégète, le spécialiste des fondements, le plus grand des esprits brillants, des sages et des auteurs ». Il précise qu’il naquit en 544 H, étudia auprès de son père, Ḍiyāʾ ad-Dīn, prédicateur de Rayy, et que ses ouvrages se répandirent « à l’est comme à l’ouest ». « Il brûlait d’intelligence », écrit-il.
Adh-Dhahabī, attaché à la voie des gens du hadith, est aussi très critique envers certaines thèses philosophiques et théologiques de ses livres, qu’il juge éloignées de la Sunna. Il ajoute pourtant aussitôt : « Que Dieu lui pardonne, car il est mort dans un état digne d’éloge, et c’est Dieu qui connaît les secrets des cœurs. » Les savants ashʿarites et shāfiʿites, comme Tāj ad-Dīn as-Subkī dans ses Ṭabaqāt, l’ont au contraire tenu pour l’un des plus grands imams de leur école.
Le testament d’un grand penseur
Adh-Dhahabī cite un passage du testament qu’ar-Rāzī dicta peu avant sa mort à son élève Ibrāhīm al-Aṣbahānī :
« J’ai examiné les méthodes de la théologie spéculative et les voies de la philosophie. Je n’y ai trouvé ni de quoi guérir un malade, ni de quoi désaltérer un assoiffé. J’ai trouvé que la voie la plus proche est celle du Coran. Je lis, pour affirmer : « Le Tout-Miséricordieux S’est établi sur le Trône » (20:5), « Vers Lui monte la bonne parole » (35:10). Et je lis, pour nier : « Rien n’est semblable à Lui » (42:11). Celui qui a fait la même expérience que moi saura ce que j’ai su. »
Ces lignes, souvent citées, montrent l’humilité d’un des plus grands esprits de l’islam devant la Révélation.
Sa mort
Il mourut à Herat le jour de la fête de la rupture du jeûne (ʿīd al-fiṭr) de l’an 606 H (1210), à un peu plus de soixante ans.
Source : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 21, n° 261.
Photo : manuscrit d’al-Maṭālib al-ʿāliya.