Ibn Abī Zayd al-Qayrawānī
« Mālik le Petit », le savant du Maghreb
Abū Muḥammad ʿAbd Allāh ibn Abī Zayd al-Qayrawānī est né à Kairouan, en Tunisie, vers 310 H (922), et y est mort à la fin du IVe siècle de l’hégire. Kairouan était alors l’un des plus grands centres du savoir mālikite. L’imam adh-Dhahabī, qui lui consacre une notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 17, n° 4), le présente comme « l’imam, le grand savant, le modèle, le juriste, le savant des gens du Maghreb ». On le surnommait « Mālik aṣ-ṣaghīr », « Mālik le Petit ».
Le chef de l’école mālikite de son temps
Le Qāḍī ʿIyāḍ écrit à son sujet : « Il réunit l’autorité religieuse et le prestige, on vint à lui de toutes les contrées, ses disciples devinrent excellents et ceux qui apprirent de lui furent très nombreux. C’est lui qui a résumé l’école et qui a rempli les pays de ses ouvrages. »
Il étudia le fiqh auprès des juristes de Kairouan, surtout Abū Bakr ibn al-Labbād, et apprit aussi de Muḥammad ibn Masrūr al-Ḥajjām et d’al-ʿAssāl. Lors de son pèlerinage, il entendit Abū Saʿīd ibn al-Aʿrābī, Muḥammad ibn al-Fatḥ et d’autres. Ses élèves vinrent de tout le Maghreb, notamment de Ceuta et d’al-Andalus.
Il défendit aussi la croyance des gens de la Sunna, à une époque où Kairouan était gouvernée par les Fatimides. Adh-Dhahabī précise qu’en matière de croyance, il suivait la voie des pieux prédécesseurs : il ne pratiquait pas le kalām et n’interprétait pas les attributs divins.
La Risāla
On rapporte qu’il composa sa célèbre Risāla à dix-sept ans. Selon la tradition, c’est l’ascète Muḥriz at-Tūnisī qui lui en fit la demande. En quelques dizaines de pages, elle présente les articles de la foi, la purification, la prière, le jeûne, la zakât, le pèlerinage, le mariage, les transactions, les successions et les bonnes manières. Commentée par de nombreux savants (Abū l-Ḥasan al-Manūfī, an-Nafrāwī, Zarrūq…), elle est apprise par cœur dans les écoles du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, elle fait partie des textes classiques de la formation religieuse.
Ses autres ouvrages
Adh-Dhahabī cite :
- an-Nawādir wa z-ziyādāt, en une centaine de parties : une vaste encyclopédie de l’école, qui rassemble les avis au-delà de la Mudawwana ;
- le Mukhtaṣar al-Mudawwana, son résumé de la Mudawwana.
Il note que « c’est sur ces deux livres que l’on s’appuie pour les fatwas au Maghreb ». Il cite aussi une version de la ʿUtbiyya classée par chapitres, al-Iqtidāʾ bi-madhhab Mālik, ath-Thiqa bi-llāh wa t-tawakkul ʿalā llāh, un livre sur l’inimitabilité du Coran (Iʿjāz al-Qurʾān), un livre contre les disputes stériles (an-Nahy ʿan al-jidāl), une réfutation des Qadarites et une épître sur l’unicité divine.
Un homme généreux
Adh-Dhahabī souligne qu’avec sa grandeur dans la science et la pratique, il était « bienfaisant, préférant les autres à lui-même, dépensant pour les étudiants ». Il offrit cent cinquante dinars au juriste Yaḥyā ibn ʿAbd al-ʿAzīz al-ʿUmarī à son arrivée à Kairouan. La fille du grand savant Abū l-Ḥasan al-Qābisī fut équipée pour son mariage avec quatre cents dinars pris sur ses biens.
Sa mort
Selon Abū Isḥāq al-Ḥabbāl et Ibn Manda, il mourut à la mi-shaʿbān 389 H (998). Le Qāḍī ʿIyāḍ et d’autres donnent l’année 386 H (996). Plusieurs poètes composèrent des élégies à sa mort.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 17, n° 4, d’après notamment Tartīb al-madārik du Qāḍī ʿIyāḍ.
Photo : pages d’un manuscrit d’un commentaire de la Risāla (Bibliothèque nationale de France).