Ibn al-Bawwāb
Le maître de la calligraphie de Bagdad
Abū al-Ḥasan ʿAlī ibn Hilāl, dit Ibn al-Bawwāb, « le fils du portier », est mort à Bagdad en 413 H (1022). Son père était portier, d’où son surnom.
De la décoration à la calligraphie
Il commença comme peintre en décoration de maisons, avant de devenir calligraphe et enlumineur. Il travailla aussi comme bibliothécaire au service d’un prince bouyide à Chiraz, où il eut accès à des manuscrits rares.
L’héritier d’Ibn Muqla
Au Xᵉ siècle, le vizir Ibn Muqla avait mis au point un système de proportions pour les lettres, mesurées à l’aide du point du calame et de la lettre alif. Ibn al-Bawwāb perfectionna ce système et donna aux écritures cursives, notamment le naskh et le muḥaqqaq, une élégance et une lisibilité qui en firent les écritures de référence pour la copie du Coran.
Le Coran de 1000-1001
On raconte qu’il copia le Coran soixante-quatre fois. Un seul exemplaire complet de sa main est connu, daté de 391 H (1000-1001) et conservé à la Chester Beatty Library de Dublin. C’est l’un des plus anciens Corans en écriture cursive et l’un des chefs-d’œuvre de la calligraphie islamique.
Ce que rapporte le Siyar
Adh-Dhahabī lui consacre une notice où il le compte parmi ceux qui ont excellé chacun dans un domaine. « L'art de l'écriture revient sans conteste à Ibn al-Bawwāb, déclare-t-il, comme la lecture du Coran à Ubayy ibn Kaʿb, la jurisprudence à Mālik, le hadith à Aḥmad ibn Ḥanbal et la métrique à al-Khalīl. »
Fils d'un portier (bawwāb), il fut d'abord peintre décorateur de maisons, puis enlumineur de livres à la dorure remarquable, avant de se consacrer à la calligraphie, où il dépassa ses prédécesseurs. Il étudia auprès de Muḥammad ibn Asad, le grand calligraphe de Bagdad, et apprit la grammaire auprès d'Ibn Jinnī. Selon Ibn Khallikān, il perfectionna la méthode d'Ibn Muqla et lui donna éclat et beauté. Il fut aussi interprète des rêves et prédicateur à la mosquée d'al-Manṣūr.
Adh-Dhahabī rapporte une anecdote révélatrice de son talent. Dans la bibliothèque de Bahāʾ ad-Dawla, il trouva un Coran en trente parties copié par Ibn Muqla, auquel il manquait une partie. Il la recopia, la vieillit et la relia avec une reliure ancienne, si bien que les meilleurs experts ne purent distinguer sa partie des autres.
Il mourut à Bagdad en jumādā al-ūlā 413 H. Ibn Khayrūn précise qu'il était « des gens de la Sunna ». Abū l-ʿAlāʾ al-Maʿarrī compara le croissant de lune à un nūn tracé à l'encre d'or par Ibn Hilāl.
Série « Savantes et compagnes » de TAHA ACADEMY. Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 17, n° 192.
Photo : pages du Coran copié par Ibn al-Bawwāb (Chester Beatty Library).