Ibn ʿArabī
Ash-Shaykh al-Akbar
Muḥyī ad-Dīn Abū Bakr Muḥammad ibn ʿAlī ibn Muḥammad al-Ḥātimī aṭ-Ṭāʾī, connu sous le nom d’Ibn ʿArabī, est né à Murcie, en al-Andalus, en 560 H (1165). Il est mort à Damas en rabīʿ II 638 H (1240). Ses disciples l’appellent « ash-Shaykh al-Akbar », le plus grand maître. Adh-Dhahabī lui consacre une courte notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 23, n° 34).
Jeunesse andalouse
Il grandit à Séville. Il entendit le hadith d’Ibn Bashkuwāl et d’Ibn Ṣāf. Selon adh-Dhahabī, il fut d’abord secrétaire de chancellerie au service d’un émir du Maghreb, puis il renonça au monde, se consacra à l’adoration et voyagea. Jeune homme, il rencontra le philosophe et cadi Ibn Rushd (Averroès). Il fréquenta de nombreux maîtres spirituels d’al-Andalus et du Maghreb, hommes et femmes.
L’Orient
Vers 1200, il quitta définitivement l’Occident musulman. À La Mecque, où il entendit Zāhir ibn Rustum, il commença la rédaction de son œuvre majeure, al-Futūḥāt al-Makkiyya. Il voyagea en Égypte, en Irak et vécut un temps en Anatolie, avant de s’installer à Damas, où il entendit Ibn al-Ḥarastānī. Son tombeau se trouve dans le quartier de Ṣāliḥiyya.
Une œuvre immense
On lui attribue plusieurs centaines d’ouvrages. Les Futūḥāt sont une vaste somme de doctrine spirituelle, d’exégèse, de fiqh et de réflexion sur les noms divins. Les Fuṣūṣ al-ḥikam (« Les Chatons des sagesses ») méditent sur la sagesse propre à chaque prophète. Tarjumān al-ashwāq est un recueil de poèmes d’amour mystique.
Un héritage très discuté
Ibn ʿArabī est l’un des auteurs les plus discutés de l’histoire de l’islam, et il faut présenter honnêtement les deux regards.
Adh-Dhahabī reconnaît qu’il était « intelligent, d’un très grand savoir », qu’il avait « une poésie raffinée, une science vaste et un esprit vif », et que « beaucoup de ses expressions peuvent être interprétées ». Mais il condamne très sévèrement les Fuṣūṣ al-ḥikam, où il voit des affirmations contraires à la foi, liées à la doctrine dite de « l’unicité de l’existence ». Il rapporte aussi le jugement très dur du grand juriste shāfiʿite ʿIzz ad-Dīn ibn ʿAbd as-Salām. Il ajoute : « S’il est revenu sur ces paroles avant sa mort, il a réussi, et cela n’est pas difficile pour Dieu. »
D’autres savants l’ont au contraire honoré, ont défendu ses intentions et ont interprété ses expressions difficiles. Jalāl ad-Dīn as-Suyūṭī lui a par exemple consacré une défense, Tanbīh al-ghabī bi-tabriʾat Ibn ʿArabī. Beaucoup de maîtres soufis le considèrent comme un saint et un grand maître. D’autres encore, comme Ibn Taymiyya, ont critiqué sa doctrine.
Ce débat reste ouvert. Les enseignants recommandent en général de ne pas aborder ses livres les plus difficiles sans une solide formation en croyance et sans maître.
Sa mort
Il mourut à Damas en rabīʿ II 638 H (1240). L’émir Abdelkader, grand lecteur de son œuvre, fut enterré à ses côtés en 1883, avant le transfert de sa dépouille en Algérie en 1966.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 23, n° 34.
Photo : manuscrit ancien d’une œuvre d’Ibn ʿArabī.