Ibrāhīm an-Nakhaʿī
Le juriste de l’Irak
Abū ʿImrān Ibrāhīm ibn Yazīd ibn Qays an-Nakhaʿī, de la tribu yéménite de Nakhaʿ installée à Kūfa, mourut caché, par crainte d’al-Ḥajjāj, en 96 H (714), à environ quarante-neuf ans. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ comme « l’imam, le ḥāfiẓ, le juriste de l’Irak, l’une des sommités ».
L’héritier de l’école d’Ibn Masʿūd
Il était le neveu d’al-Aswad ibn Yazīd et apprit auprès de lui, de son autre oncle ʿAbd ar-Raḥmān, de ʿAlqama, de Masrūq et du juge Shurayḥ : tous élèves d’Ibn Masʿūd. Adh-Dhahabī précise qu’il entra enfant chez ʿĀʾisha, mais qu’on ne lui connaît aucune audition directe d’un compagnon. Sa science est donc celle de l’école de Kūfa fondée par Ibn Masʿūd et ʿAlī.
Son élève Ḥammād ibn Abī Sulaymān transmit cette science à Abū Ḥanīfa : l’école ḥanafite repose largement sur les avis d’an-Nakhaʿī, que l’on retrouve aussi chez les autres écoles. Ash-Shaʿbī dit à sa mort : « Il n’a pas laissé derrière lui plus savant ni plus juriste que lui. — Pas même al-Ḥasan et Ibn Sīrīn ? — Ni eux, ni les gens de Baṣra, de Kūfa, du Ḥijāz ou de Syrie. »
Un homme discret
Il refusait de se mettre en avant, ne s’adossait pas à une colonne pour enseigner, et disait : « J’ai parlé, et si j’avais pu ne pas parler, je ne l’aurais pas fait. Une époque où je deviens le juriste de Kūfa est une mauvaise époque. » À quelqu’un qui avait médit d’un homme et voulait s’excuser, il conseilla de dire avec sincérité : « Dieu sait ce que je n’ai pas dit de cela. »
Il fut aussi lecteur du Coran : al-Aʿmash et Ṭalḥa ibn Muṣarrif récitèrent devant lui. Adh-Dhahabī rapporte son avis selon lequel la basmala ne se récite pas à voix haute dans la prière, avis suivi par les ḥanafites et d’autres, alors que les shāfiʿites la récitent à voix haute.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 4, n° 213.