ʿIkrima, l’affranchi d’Ibn ʿAbbās
L’exégète venu du Maghreb
Abū ʿAbd Allāh ʿIkrima al-Qurashī, d’origine berbère, fut offert à Ibn ʿAbbās alors que celui-ci gouvernait Baṣra. Il mourut à Médine en 105 ou 107 H (723-725), vers quatre-vingts ans. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ comme « le grand savant, le ḥāfiẓ, l’exégète ».
L’élève d’Ibn ʿAbbās
ʿIkrima raconte : « Ibn ʿAbbās me mettait des entraves aux pieds pour m’enseigner le Coran et les sunan. » Après la mort de son maître, il fut vendu par ʿAlī ibn ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās, puis racheté et affranchi. Il apprit aussi de ʿĀʾisha, Abū Hurayra, Ibn ʿUmar et ʿAbd Allāh ibn ʿAmr. Ash-Shaʿbī disait : « Personne ne reste plus savant du Livre de Dieu que ʿIkrima. » Plus de soixante-dix grands tābiʿūn transmirent de lui, dont Qatāda, ʿAmr ibn Dīnār et Ayyūb.
Il voyagea beaucoup : en Égypte, au Maghreb, au Khorassan et au Yémen, enseignant partout l’exégèse.
Un savant critiqué et défendu
On lui reprocha d’avoir sympathisé avec les idées des Khawārij, et un récit attribué à Ibn ʿUmar l’accuse d’avoir menti sur Ibn ʿAbbās. Muslim ne cite de lui que des hadiths renforcés par d’autres transmetteurs. Mais al-Bukhārī s’appuie sur lui, et adh-Dhahabī conclut, après avoir longuement examiné ces critiques, qu’il est digne de confiance et que les accusations ne sont pas établies. C’est l’avis de la majorité des spécialistes.
Un avis juridique
Adh-Dhahabī relève l’une de ses fatwas : à propos d’un homme qui avait juré de répudier sa femme s’il ne frappait pas son serviteur de cent coups, ʿIkrima dit qu’il ne devait ni frapper son serviteur ni répudier sa femme : « Ce sont des pas du diable. » Adh-Dhahabī en déduit qu’il considérait le serment de répudiation prononcé sous la colère comme sans effet, question longuement débattue entre les écoles juridiques.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 5, n° 9.