Muʿādh ibn Jabal
« Le plus savant de la communauté en licite et illicite »
Abū ʿAbd ar-Raḥmān Muʿādh ibn Jabal ibn ʿAmr al-Anṣārī al-Khazrajī, de Médine, embrassa l’islam à dix-huit ans. Il assista tout jeune au second serment d’al-ʿAqaba, avec les soixante-dix Anṣār, puis à Badr à une vingtaine d’années. Il mourut en Syrie lors de la peste d’ʿAmwās en 18 H (639), vers trente-trois ou trente-huit ans selon les récits. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 1, n° 86) comme « le maître, l’imam, Abū ʿAbd ar-Raḥmān, le badrite ».
On le décrit grand, beau, avec de grands yeux, le teint clair, les cheveux bouclés et un beau sourire.
L’un des quatre maîtres du Coran
Anas rapporte que quatre hommes, tous des Anṣār, avaient rassemblé le Coran du vivant du Prophète ﷺ : Ubayy ibn Kaʿb, Zayd ibn Thābit, Muʿādh ibn Jabal et Abū Zayd. Le Prophète ﷺ disait aussi : « Prenez le Coran de quatre personnes : Ibn Masʿūd, Ubayy, Muʿādh ibn Jabal et Sālim, l’affranchi d’Abū Ḥudhayfa. » (al-Bukhārī et Muslim)
Le juriste des compagnons
Dans un hadith rapporté par at-Tirmidhī et jugé authentique par lui, le Prophète ﷺ dit : « Le plus miséricordieux de ma communauté est Abū Bakr, le plus ferme dans la religion ʿUmar, le plus sincère dans la pudeur ʿUthmān, le plus savant en licite et illicite Muʿādh, le meilleur connaisseur des parts d’héritage Zayd, et le dépositaire de confiance de cette communauté est Abū ʿUbayda. »
Il disait aussi : « Muʿādh viendra le Jour de la Résurrection devant les savants, à une portée de flèche. » ʿUmar, à la fin de sa vie, regrettait que Muʿādh ne soit plus là : « Si j’avais encore Muʿādh, je l’aurais désigné comme successeur, et si mon Seigneur m’avait interrogé, j’aurais dit : “J’ai entendu Ton Prophète dire qu’il viendrait devant les savants.” »
L’envoyé au Yémen
Le Prophète ﷺ l’envoya au Yémen pour enseigner l’islam et juger. Selon un récit célèbre rapporté par Abū Dāwūd et at-Tirmidhī, il lui demanda : « Comment jugeras-tu ? — Selon le Livre de Dieu. — Et si tu n’y trouves pas ? — Selon la Sunna de Son Messager. — Et si tu n’y trouves pas ? — Je ferai l’effort de mon jugement (ijtihād) sans négligence. » Le Prophète ﷺ le félicita. Les spécialistes discutent de la solidité de cette chaîne, mais les juristes des quatre écoles s’y réfèrent depuis toujours pour fonder l’ordre des sources du droit.
Le Prophète ﷺ lui dit un jour en lui prenant la main : « Ô Muʿādh, par Dieu, je t’aime. Ne manque pas de dire à la fin de chaque prière : “Ô Dieu, aide-moi à T’évoquer, à Te remercier et à bien T’adorer.” » (Abū Dāwūd, an-Nasāʾī)
اللَّهُمَّ أَعِنِّي عَلَى ذِكْرِكَ وَشُكْرِكَ وَحُسْنِ عِبَادَتِكَ
Monté derrière le Prophète ﷺ sur son âne ʿUfayr, il entendit de lui : « Sais-tu quel est le droit de Dieu sur Ses serviteurs ? Qu’ils L’adorent sans rien Lui associer. Et le droit des serviteurs sur Dieu ? Qu’Il ne châtie pas celui qui ne Lui associe rien. » (al-Bukhārī)
En Syrie
Sous ʿUmar, il partit en Syrie pour enseigner, notamment à Ḥimṣ. Lorsque la peste d’ʿAmwās frappa l’armée, Abū ʿUbayda mourut, et Muʿādh le remplaça à la tête des troupes avant d’être lui-même emporté avec ses fils. Il accepta l’épreuve en disant que la peste était pour les croyants une miséricorde et un martyre, selon la parole du Prophète ﷺ.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 1, n° 86.