Muslim ibn al-Ḥajjāj
L’auteur du second grand recueil authentique
Abū al-Ḥusayn Muslim ibn al-Ḥajjāj al-Qushayrī al-Naysābūrī est l’un des plus grands savants du hadith. Son recueil, le Ṣaḥīḥ Muslim, est considéré par les musulmans sunnites comme le livre le plus authentique après le Coran et le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī. Ensemble, ces deux ouvrages sont appelés « les deux Ṣaḥīḥ » (al-Ṣaḥīḥān).
Il naît à Nichapour, dans le Khorassan, vers 206 H (821), et y meurt en 261 H (875).
Une formation de voyageur
Muslim appartient à la tribu arabe des Banū Qushayr. Il commence à étudier le hadith très jeune, vers l’âge de douze ans.
Comme les grands savants de son époque, il voyage beaucoup à la recherche des hadiths : au Hedjaz, en Irak, en Syrie et en Égypte.
Parmi ses maîtres figurent :
- Aḥmad ibn Ḥanbal ;
- Isḥāq ibn Rāhawayh ;
- Yaḥyā ibn Yaḥyā al-Naysābūrī ;
- Muḥammad ibn Ismāʿīl al-Bukhārī.
Il fréquente longuement al-Bukhārī lorsque celui-ci séjourne à Nichapour, et lui témoigne une grande admiration. Il lui reste fidèle lorsque al-Bukhārī est mis en difficulté dans la ville.
Le Ṣaḥīḥ Muslim
Muslim compose son Ṣaḥīḥ en sélectionnant les hadiths parmi quelque trois cent mille récits qu’il avait entendus. Il y travaille pendant environ quinze ans.
Le recueil contient plusieurs milliers de hadiths, soit environ trois mille sans les répétitions.
Sa principale originalité est son organisation. Muslim rassemble au même endroit toutes les versions et toutes les chaînes de transmission d’un même hadith. Le lecteur peut ainsi comparer les différentes formulations et mesurer la solidité de la transmission.
Il ouvre son livre par une introduction (muqaddima) importante, dans laquelle il expose sa méthode et insiste sur la nécessité de ne transmettre que d’après des transmetteurs fiables.
Muslim et al-Bukhārī
Les savants ont longuement comparé les deux Ṣaḥīḥ. La majorité place celui d’al-Bukhārī au premier rang, notamment parce que ses conditions sur la rencontre entre transmetteurs sont plus strictes.
Mais beaucoup reconnaissent au Ṣaḥīḥ Muslim une supériorité dans l’organisation et la présentation des textes. Certains savants du Maghreb le préféraient même à celui d’al-Bukhārī.
Le commentaire le plus célèbre du Ṣaḥīḥ Muslim est celui de l’imam al-Nawawī, Al-Minhāj.
Sa mort
Muslim meurt à Nichapour en rajab 261 H (875), à l’âge d’environ cinquante-cinq ans. On rapporte qu’il était absorbé, la nuit précédant sa maladie, par la recherche d’un hadith, et qu’il mangeait des dattes placées près de lui sans s’en rendre compte.
Ce que rapporte le Siyar
L’imam adh-Dhahabī consacre à Muslim une longue notice dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 12, n° 217). Il le présente comme « l’imam éminent, le ḥāfiẓ rigoureux, l’argument, le véridique, l’auteur du Ṣaḥīḥ ». Né vers 204 H à Nīsābūr, il commença à entendre le hadith en 218 H auprès de Yaḥyā ibn Yaḥyā at-Tamīmī. Il fit le pèlerinage en 220 H, encore adolescent, et entendit à La Mecque al-Qaʿnabī, son plus ancien maître. Il voyagea ensuite en Irak, au Hedjaz et en Égypte.
Ses maîtres
Adh-Dhahabī compte deux cent vingt maîtres dont Muslim rapporte des hadiths dans son Ṣaḥīḥ, parmi lesquels Aḥmad ibn Ḥanbal, Isḥāq ibn Rāhwayh, Yaḥyā ibn Maʿīn, Abū Bakr ibn Abī Shayba, Qutayba ibn Saʿīd et Abū Zurʿa. Il eut aussi des maîtres dont il ne rapporte rien dans le Ṣaḥīḥ, comme ʿAlī ibn al-Madīnī et Muḥammad ibn Yaḥyā adh-Dhuhlī.
La composition du Ṣaḥīḥ
- Muslim disait : « J’ai composé ce recueil authentique à partir de trois cent mille hadiths entendus. »
- Son élève Aḥmad ibn Salama travailla avec lui pendant quinze ans à sa rédaction.
- Muslim disait : « J’ai présenté mon livre à Abū Zurʿa. Tout ce qu’il m’a signalé comme ayant un défaut caché, je l’ai laissé. Tout ce qu’il a dit authentique et sans défaut, je l’ai retenu. »
- Il disait aussi : « Je n’ai rien mis dans ce livre sans preuve, et je n’en ai rien retiré sans preuve. »
Ce que les savants ont dit de lui et de son livre
- Isḥāq ibn Rāhwayh, le voyant choisir des hadiths, lui dit : « Nous ne manquerons pas de bien tant que Dieu te gardera pour les musulmans. »
- Muḥammad ibn Bashshār : « Les ḥāfiẓ du monde sont quatre : Abū Zurʿa à Rayy, Muslim à Nīsābūr, ʿAbd Allāh ad-Dārimī à Samarcande et Muḥammad ibn Ismāʿīl (al-Bukhārī) à Boukhara. »
- Abū Zurʿa et Abū Ḥātim le plaçaient avant les maîtres de leur temps dans la connaissance du hadith authentique.
- Abū ʿAlī an-Nīsābūrī : « Il n’y a pas sous le ciel de livre plus authentique que celui de Muslim. »
- Ad-Dāraquṭnī : « Sans al-Bukhārī, Muslim ne serait ni allé ni venu », pour dire tout ce qu’il devait à son maître.
Adh-Dhahabī explique aussi la méthode du Ṣaḥīḥ : Muslim retient surtout les hadiths des transmetteurs les plus sûrs, puis, en appui, quelques hadiths de transmetteurs de rang inférieur, à condition que le hadith soit connu par ailleurs. Il en donne un exemple : à Abū Zurʿa, qui lui reprochait certains noms, Muslim répondit qu’il avait pris ces hadiths par une chaîne plus courte, alors qu’ils étaient connus par des transmetteurs fiables.
L’affaire de Nīsābūr
Selon al-Khaṭīb, Muslim défendit al-Bukhārī lors de sa querelle avec Muḥammad ibn Yaḥyā adh-Dhuhlī. Quand adh-Dhuhlī interdit son assemblée à ceux qui partageaient l’avis d’al-Bukhārī, Muslim se leva devant tous, mit son manteau sur son turban, quitta l’assemblée, puis renvoya à adh-Dhuhlī tout ce qu’il avait écrit sous sa dictée. Adh-Dhahabī précise qu’il ne mentionna ensuite ni al-Bukhārī ni adh-Dhuhlī dans son Ṣaḥīḥ.
Le savant à la nuit de dattes
Aḥmad ibn Salama raconte qu’au cours d’une séance on mentionna à Muslim un hadith qu’il ne connaissait pas. Rentré chez lui, il alluma sa lampe et demanda qu’on ne le dérange pas. On lui apporta un panier de dattes. Il chercha le hadith toute la nuit en mangeant les dattes une à une. Au matin, le panier était vide et il avait trouvé le hadith. Al-Ḥākim ajoute qu’on disait que c’est de cela qu’il mourut.
Son portrait
Selon al-Ḥākim, son père le vit enseigner au caravansérail de Maḥmish, où Muslim faisait commerce : « Il était de grande taille, les cheveux et la barbe blancs, et laissait pendre le bout de son turban entre ses épaules. » Il vivait des revenus de ses terres à Ustuwā.
Ses ouvrages
Al-Ḥākim cite, outre le Ṣaḥīḥ, al-Musnad al-kabīr, al-Jāmiʿ, al-Asāmī wa l-kunā, at-Tamyīz, al-ʿIlal, al-Wuḥdān, al-Aqrān, al-Ṭabaqāt, Awlād aṣ-ṣaḥāba, Awhām al-muḥaddithīn et d’autres.
Sa mort
Il mourut à Nīsābūr en rajab 261 H (875), à un peu plus de cinquante ans. Son tombeau y est visité.
Source : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 12, n° 217.
À retenir
Muslim ibn al-Ḥajjāj fut un savant rigoureux et méthodique, héritier et compagnon d’al-Bukhārī.
Son Ṣaḥīḥ, admirablement organisé, est l’un des piliers de la transmission de la Sunna.
Crédit image : Copie du Ṣaḥīḥ Muslim. Riad Salih, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.