Rābiʿa al-ʿAdawiyya
La sainte de Bassora
Rābiʿa bint Ismāʿīl al-ʿAdawiyya est née à Bassora, en Irak, vers 717, et y est morte vers 801. Son nom, Rābiʿa, signifie « la quatrième » : selon la tradition, elle était la quatrième fille d’une famille très pauvre.
Une vie d’épreuves et de dévotion
Les récits rapportent qu’orpheline, elle fut vendue comme esclave. Son maître, voyant la lumière de sa piété lors de ses prières nocturnes, l’aurait affranchie. Elle vécut ensuite dans une grande pauvreté, dans le jeûne, la prière et la retraite, refusant les propositions de mariage et les présents des riches.
L’amour de Dieu
Rābiʿa est surtout connue pour avoir mis l’amour de Dieu (maḥabba) au centre du chemin spirituel. Une prière célèbre lui est attribuée : « Mon Dieu, si je T’adore par crainte de l’enfer, brûle-moi en enfer ; si je T’adore par désir du paradis, exclus-m’en ; mais si je T’adore pour Toi-même, ne me prive pas de Ta beauté éternelle. »
On rapporte aussi qu’elle parcourait Bassora avec une torche et un seau d’eau pour « brûler le paradis et éteindre l’enfer », afin que l’on adore Dieu par amour seulement.
Sa mémoire
Rābiʿa n’a pas laissé d’écrits. Ses paroles et ses poèmes ont été transmis par des auteurs comme al-Jāḥiẓ, al-Qushayrī et Farīd al-Dīn ʿAṭṭār. Les maîtres soufis l’ont constamment citée comme un modèle de sincérité, et elle demeure une figure majeure de la sainteté féminine en islam.
Ce que rapporte le Siyar
Adh-Dhahabī la présente comme « la Baṣrienne, l'ascète, la dévote, l'humble », affranchie des ʿAtīk, et signale qu'Ibn al-Jawzī lui a consacré une biographie à part.
Sa servante ʿAbda bint Abī Shawwāl raconte qu'elle priait toute la nuit. À l'aube, elle s'accordait un court sommeil, puis se reprochait : « Ô mon âme, combien de temps vas-tu dormir ? Bientôt tu dormiras d'un sommeil dont tu ne te relèveras qu'au Jour de la Résurrection. »
Plusieurs récits la montrent face aux savants de Bassora. Entendant le prédicateur Ṣāliḥ al-Murrī parler longuement du bas monde, elle lui lança : « Qui aime une chose en parle beaucoup. » Lorsque Sufyān ath-Thawrī soupira devant elle « Quelle tristesse ! », elle répondit : « Ne mens pas ; dis plutôt : quel manque de tristesse ! »
Abū Saʿīd ibn al-Aʿrābī note que l'on a recueilli d'elle beaucoup de sagesse, et que les récits de Sufyān, de Shuʿba et d'autres réfutent ce que certains lui ont attribué. Adh-Dhahabī rejette fermement les lectures qui lui prêtaient des idées d'incarnation ou de licence à partir d'un vers ; il y voit « exagération et ignorance ».
Elle aurait vécu quatre-vingts ans et mourut en 180 H. Adh-Dhahabī précise qu'il existe une autre Rābiʿa, la Syrienne, plus jeune, dont les récits se mêlent parfois aux siens.
Série « Savantes et compagnes » de TAHA ACADEMY. Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 8, n° 53.
Photo : miniature représentant Rābiʿa.