Saʿīd ibn Jubayr
L’exégète martyr
Abū Muḥammad Saʿīd ibn Jubayr ibn Hishām al-Asadī al-Wālibī, affranchi d’une tribu arabe de Kūfa, d’origine abyssine, fut tué par al-Ḥajjāj à Wāsiṭ en shaʿbān 95 H (714), vers quarante-neuf ans. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 4, n° 116) comme « l’imam, le ḥāfiẓ, le lecteur, l’exégète, le martyr, l’une des sommités ».
L’élève d’Ibn ʿAbbās
Il apprit auprès d’Ibn ʿAbbās, « beaucoup et très bien », selon adh-Dhahabī, et récita le Coran devant lui. Ibn ʿAbbās avait une telle confiance en lui que, quand les gens de Kūfa venaient l’interroger, il leur disait : « Vous avez parmi vous Ibn Umm ad-Dahmāʾ ? » (c’est-à-dire Saʿīd). Il rapporta aussi d’Ibn ʿUmar, d’Abū Hurayra, de ʿĀʾisha et d’Abū Saʿīd al-Khudrī. Le grand lecteur Abū ʿAmr ibn al-ʿAlāʾ récita le Coran devant lui.
Une large part de l’exégèse d’Ibn ʿAbbās, telle que la rapportent aṭ-Ṭabarī et les autres exégètes, passe par Saʿīd ibn Jubayr. Les juristes des quatre écoles citent régulièrement ses avis, notamment dans les rites du ḥajj.
L’adorateur
Il récitait le Coran entier en deux nuits, pleurait tant la nuit que ses yeux s’abîmèrent, et disait : « La crainte, c’est que tu craignes Dieu au point que cette crainte s’interpose entre toi et ta désobéissance. »
La révolte et le martyre
En 81 H, il rejoignit la révolte d’Ibn al-Ashʿath contre al-Ḥajjāj, avec de nombreux lecteurs du Coran d’Irak. Après la défaite, il se cacha une douzaine d’années, notamment à La Mecque, jusqu’à ce que le gouverneur de La Mecque le livre à al-Ḥajjāj.
Les récits rapportent leur célèbre dialogue. Al-Ḥajjāj lui demanda : « Quel est ton nom ? — Saʿīd ibn Jubayr (l’heureux, fils du réparateur). — Tu es plutôt Shaqī ibn Kusayr (le malheureux, fils du brisé). — Ma mère savait mieux que toi mon nom. » Puis : « Choisis la manière dont je te tuerai. — Choisis-la toi-même, car par Dieu, tu ne me tueras d’aucune manière sans que Dieu ne te tue de la même manière dans l’au-delà. »
Il fut décapité en récitant la shahāda. Al-Ḥajjāj ne lui survécut que quelques mois, et on rapporte qu’il ne put plus dormir, hanté par son souvenir. L’imam Aḥmad disait : « Al-Ḥajjāj a tué Saʿīd ibn Jubayr alors que personne sur la surface de la terre n’était sans avoir besoin de sa science. »
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 4, n° 116.