Sībawayh
Le père de la grammaire arabe
Abū Bishr ʿAmr ibn ʿUthmān ibn Qanbar, connu sous le nom de Sībawayh, est le plus célèbre grammairien de l’histoire de la langue arabe. Son unique ouvrage, Al-Kitāb, est à la base de toute la tradition grammaticale arabe.
Il est d’origine persane, de la région de Shīrāz. Il vécut principalement à Bassora, en Irak, et mourut jeune, vers 180 H (796). Son surnom, Sībawayh, signifierait en persan « odeur de pomme ».
Une erreur qui décida d’une vocation
Sībawayh vient d’abord à Bassora pour étudier le hadith et le fiqh. Il suit l’enseignement de Ḥammād ibn Salama.
Un jour, en lisant un hadith devant son maître, il commet une faute de grammaire. Ḥammād le corrige devant l’assemblée. Profondément marqué, Sībawayh décide alors d’étudier la langue arabe jusqu’à ne plus jamais commettre une telle erreur.
L’élève d’al-Khalīl
Il devient l’élève d’al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī, le génie de Bassora, fondateur de la métrique arabe et auteur du premier dictionnaire.
Al-Khalīl lui transmet l’essentiel de sa science. Dans Al-Kitāb, Sībawayh le cite des centaines de fois. Il étudie aussi auprès d’autres grands savants de la langue, comme Yūnus ibn Ḥabīb et Abū al-Khaṭṭāb al-Akhfash.
Al-Kitāb
L’œuvre de Sībawayh ne porte pas de titre : on l’appelle simplement Al-Kitāb, « Le Livre ». Ce nom seul suffit à le désigner chez les grammairiens.
Il y décrit de façon systématique :
- la syntaxe (al-naḥw), c’est-à-dire les règles des terminaisons et de la construction des phrases ;
- la morphologie (al-ṣarf), c’est-à-dire la formation des mots ;
- la phonétique, avec une description précise des points d’articulation des lettres, qui sera reprise par les spécialistes de la récitation du Coran (al-tajwīd).
Il s’appuie sur le Coran, la poésie arabe ancienne et le parler des Bédouins réputés pour la pureté de leur langue.
Son ouvrage est si complet que les grammairiens l’ont surnommé « le Coran de la grammaire ». Après lui, la plupart des grammairiens se sont contentés de le commenter, de l’expliquer ou de le résumer.
La question de la guêpe
À la fin de sa vie, Sībawayh se rend à Bagdad. Il y participe, à la cour des Barmécides, à un débat resté célèbre avec al-Kisāʾī, le grand grammairien de Koufa, sur une question de syntaxe appelée « la question de la guêpe » (al-masʾala al-zunbūriyya).
Selon les récits, des Bédouins appelés à trancher donnent raison à al-Kisāʾī, dans des conditions contestées. Déçu, Sībawayh quitte l’Irak et retourne en Perse, où il meurt peu après, encore jeune.
Ce que rapporte le Siyar
L’imam adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 8, n° 97) comme « l’imam de la grammaire, l’argument des Arabes ». Il confirme qu’il étudia d’abord le fiqh et le hadith, et qu’il écrivait sous la dictée de Ḥammād ibn Salama. Il apprit ensuite la grammaire auprès de ʿĪsā ibn ʿUmar, Yūnus ibn Ḥabīb, al-Khalīl et Abū l-Khaṭṭāb al-Akhfash l’aîné. Il composa alors son grand livre, « dont on ne peut atteindre le niveau ».
Le portrait d’un jeune savant
- Ibrāhīm al-Ḥarbī explique son surnom : « On l’appela Sībawayh parce que ses joues étaient comme deux pommes, d’une beauté remarquable. »
- Le grand philologue Abū Zayd al-Anṣārī raconte : « Sībawayh venait à mon cours, avec deux mèches de cheveux. Quand il écrit « quelqu’un en qui j’ai confiance m’a rapporté », c’est de moi qu’il parle. »
- Al-ʿAyshī : « Nous nous asseyions avec Sībawayh à la mosquée. C’était un jeune homme beau et soigné, qui avait touché à toutes les sciences malgré son jeune âge. »
- On disait aussi qu’il avait, malgré sa grande intelligence, une certaine difficulté à parler, mais une plume très aisée.
Après le débat de Bagdad, le vizir Yaḥyā le Barmécide lui fit don de dix mille dirhams. Il partit vers la Perse, auprès de l’émir Ṭalḥa ibn Ṭāhir.
Sa mort
Selon adh-Dhahabī, il mourut à Shīrāz, en 180 H selon l’avis le plus juste, ou en 188 H. On dit qu’il vécut trente-deux ans, ou près de quarante ans.
Source : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 8, n° 97.
Pourquoi la grammaire est importante
Pour les savants musulmans, la grammaire n’est pas une science secondaire. Elle permet de comprendre correctement le Coran et le hadith, et d’éviter les erreurs de sens.
Un changement de voyelle finale peut en effet transformer complètement le sens d’une phrase. C’est pourquoi l’étude de la grammaire fait partie du parcours de tout étudiant en sciences islamiques.
À retenir
Sībawayh fut un génie de la langue, qui a décrit l’arabe avec une précision inégalée.
Son histoire rappelle qu’une erreur corrigée avec humilité peut devenir le point de départ d’une grande œuvre.
Crédit image : Tombe de Sībawayh, Chiraz. Alipir, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.