ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb
Al-Fārūq, le deuxième calife
Abū Ḥafṣ ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ibn Nufayl al-Qurashī al-ʿAdawī est né à La Mecque une dizaine d’années après l’année de l’Éléphant. Sa mère, Ḥantama bint Hishām, était de la tribu de Makhzūm. Il embrassa l’islam la sixième année de la prophétie, à vingt-sept ans, et mourut en martyr à Médine à la fin de dhū l-ḥijja 23 H (novembre 644). Dans la partie de son Siyar aʿlām an-nubalāʾ consacrée aux califes bien guidés, adh-Dhahabī l’appelle « le Commandeur des croyants, al-Fārūq », celui qui sépare le vrai du faux.
Son fils ʿAbd Allāh le décrit grand, chauve, le teint clair tirant sur le rouge. Il marchait vite, montait à cheval d’un bond « comme s’il était né sur son dos », et quand une affaire le préoccupait, il tortillait sa moustache.
La conversion qui fit sortir l’islam de l’ombre
Le Prophète ﷺ avait invoqué : « Ô Dieu, renforce l’islam par ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb. » ʿIkrima disait : « L’islam resta caché jusqu’à la conversion de ʿUmar. » Ibn Masʿūd ajoutait : « Nous n’avons cessé d’être forts depuis que ʿUmar est devenu musulman. »
Une inspiration reconnue par le Prophète ﷺ
- « Il y avait dans les nations d’avant vous des hommes inspirés (muḥaddathūn). S’il y en a un dans ma communauté, c’est ʿUmar. » (Muslim)
- « Dieu a placé la vérité sur la langue de ʿUmar et dans son cœur. »
- « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, jamais le diable ne te rencontre sur un chemin sans en prendre un autre que le tien. » (al-Bukhārī et Muslim)
- ʿAlī disait : « Nous ne trouvions pas étrange que la sérénité parle par la bouche de ʿUmar. »
ʿUmar disait lui-même : « Mon avis a concordé avec celui de mon Seigneur en trois choses : la station d’Abraham comme lieu de prière, le voile des épouses du Prophète, et le verset : “S’il vous répudie, peut-être son Seigneur lui donnera-t-Il des épouses meilleures que vous” (66:5). »
Le Prophète ﷺ disait aussi d’Abū Bakr et ʿUmar : « Ce sont les maîtres des hommes mûrs du Paradis, des premiers et des derniers, à l’exception des prophètes et des messagers. » Il recommandait : « Suivez l’exemple des deux qui viendront après moi : Abū Bakr et ʿUmar. »
Un calife qui vivait comme le plus pauvre
Désigné par Abū Bakr en 13 H, il gouverna dix ans et demi. Calife d’un empire, il portait une tunique de laine rapiécée de cuir. Anas compta quatre pièces entre ses épaules. Pendant son pèlerinage, il ne dressait pas de tente : il jetait son manteau sur un arbre et s’abritait dessous. Il arriva à al-Jābiya, en Syrie, sur un chameau, tête nue au soleil.
Quand on lui apporta les trésors de Chosroès, il refusa de les mettre sous un toit avant de les avoir distribués. Le matin, en voyant l’or et l’argent étinceler, il pleura : « Ces richesses n’ont jamais été données à un peuple sans que Dieu ne jette entre eux l’hostilité et la haine. » Un parent lui demanda de l’argent du Trésor public ; il le chassa : « Voulais-tu que je rencontre Dieu en roi traître ? » Puis il lui donna dix mille dirhams de sa propre fortune.
L’année de la famine
Pendant l’année de la Ramāda (18 H), où la sécheresse frappa l’Arabie, il s’interdit le beurre et la viande. Son ventre grondait d’avoir mangé de l’huile, et il lui disait en le tapotant : « Tu n’auras rien d’autre jusqu’à ce que les gens retrouvent la vie. » Il nourrissait chaque soir des milliers de réfugiés venus à Médine. Son affranchi Aslam disait : « Si Dieu n’avait pas levé la famine, nous pensions que ʿUmar en mourrait. »
Le bâtisseur de l’État
Sous son califat furent ouverts le Shām, Jérusalem, l’Irak, la Perse et l’Égypte. Az-Zuhrī rappelle qu’il organisa les registres (dīwān) pour répartir les pensions selon l’ancienneté dans l’islam. Sur le conseil de ʿAlī, il fit adopter le calendrier de l’Hégire, en 16 H selon Saʿīd ibn al-Musayyib. Il imposait des conditions à ses gouverneurs : ne pas monter de chevaux de luxe, ne pas manger de pain fin, ne pas porter d’habits délicats et ne jamais fermer leur porte aux gens dans le besoin.
Quand il demanda aux compagnons ce qui revenait de droit au calife, ʿAlī répondit : « Ce qui te suffit, à toi et à ta famille, selon l’usage, sans excès ni privation. » Ḥudhayfa disait : « Je ne connais personne que le blâme de quiconque n’arrête dans la cause de Dieu, sauf ʿUmar. »
Sa mort
Abū Luʾluʾa, esclave persan d’al-Mughīra ibn Shuʿba, se plaignit d’un impôt trop lourd. ʿUmar lui conseilla de bien se conduire envers son maître, avec l’intention d’en parler à al-Mughīra. Furieux, Abū Luʾluʾa le poignarda à l’aube, pendant qu’il dirigeait la prière, avec un poignard à deux lames, et blessa treize autres personnes. ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf termina la prière.
Mourant, ʿUmar demanda d’abord si son meurtrier était musulman, et se réjouit qu’il ne le soit pas. Il confia le choix de son successeur à un conseil (shūrā) de six compagnons : ʿUthmān, ʿAlī, Ṭalḥa, az-Zubayr, Saʿd ibn Abī Waqqāṣ et ʿAbd ar-Raḥmān ibn ʿAwf. Il demanda la permission de ʿĀʾisha pour être enterré auprès du Prophète ﷺ et d’Abū Bakr, et elle accepta. Il mourut à soixante-trois ans selon l’avis le plus répandu.
Ce que les générations suivantes ont dit de lui
- Jaʿfar aṣ-Ṣādiq : « Je désavoue quiconque mentionne Abū Bakr et ʿUmar autrement qu’en bien. »
- Abū Usāma : « Savez-vous qui sont Abū Bakr et ʿUmar ? Ils sont le père et la mère de l’islam. »
- Ibn Masʿūd : « Sa conversion fut une victoire, son émigration un soutien, et son califat une miséricorde. »
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, partie « Sīrat al-khulafāʾ ar-rāshidīn ».