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ʿUthmān ibn ʿAffān

Personnalité historique
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Biographie

ʿUthmān ibn ʿAffān (v. 576-35 H / 576-656), surnommé Dhū n-Nūrayn car il épousa successivement deux filles du Prophète ﷺ. Troisième calife de l’islam, célèbre pour sa générosité et sa pudeur, il fit établir le texte unifié du Coran, envoyé dans toutes les provinces. Il mourut assassiné à Médine en lisant le Coran.

ʿUthmān ibn ʿAffān

Dhū n-Nūrayn, le troisième calife

Abū ʿAmr ʿUthmān ibn ʿAffān ibn Abī l-ʿĀṣ ibn Umayya al-Qurashī al-Umawī naquit à Ṭāʾif ou à La Mecque, six ans environ après l’année de l’Éléphant. Il mourut assassiné à Médine le 18 dhū l-ḥijja 35 H (juin 656), à quatre-vingt-deux ans selon l’avis qu’adh-Dhahabī juge exact. Sa mère, Arwā bint Kurayz, était la petite-fille de ʿAbd al-Muṭṭalib : il était donc lié à la famille du Prophète ﷺ par sa mère.

Adh-Dhahabī le résume ainsi dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ : « l’un des tout premiers croyants, Dhū n-Nūrayn, l’homme des deux émigrations et l’époux des deux filles ». Il le décrit de taille moyenne, au beau visage, à la barbe abondante qu’il teignait en jaune. ʿAbd Allāh ibn Ḥazm disait : « Je n’ai jamais vu, homme ou femme, un visage plus beau que le sien. »

« L’homme aux deux lumières »

ʿUthmān épousa Ruqayya, fille du Prophète ﷺ, et émigra avec elle en Abyssinie, puis à Médine. Quand elle tomba malade, le Prophète ﷺ lui demanda de rester auprès d’elle pendant la bataille de Badr, et lui compta sa part de butin et de récompense. Après la mort de Ruqayya, le Prophète ﷺ lui donna en mariage son autre fille, Umm Kulthūm. Al-Ḥasan al-Baṣrī explique : « On l’a appelé Dhū n-Nūrayn (l’homme aux deux lumières) parce que nous ne connaissons personne d’autre qui ait épousé deux filles d’un prophète. »

Une générosité sans pareille

  • À Médine, l’eau douce était rare. Le puits de Rūma appartenait à un homme qui en vendait l’eau. Le Prophète ﷺ dit : « Qui achètera Rūma, pour que son seau soit comme celui des musulmans, et il aura mieux au Paradis ? » ʿUthmān l’acheta et le donna aux musulmans.
  • Il acheta aussi un terrain pour agrandir la mosquée du Prophète ﷺ, devenue trop petite.
  • Pour l’expédition de Tabūk, l’« armée de la détresse », il apporta mille dinars dans son vêtement et les versa dans le giron du Prophète ﷺ, qui dit en les remuant : « Rien de ce que fera ʿUthmān après aujourd’hui ne pourra lui nuire. » Selon al-Ḥasan, il fournit aussi sept cent cinquante chameaux et cinquante chevaux.
  • Abū Hurayra disait : « ʿUthmān a acheté le Paradis au Prophète ﷺ deux fois : le jour de Rūma et le jour de l’armée de la détresse. »
  • Il disait lui-même : « Depuis que je suis musulman, il ne s’est pas passé un vendredi sans que j’affranchisse un esclave, sauf si je n’en avais pas, et alors je l’affranchissais plus tard. »

La pudeur

ʿĀʾisha raconte que le Prophète ﷺ était allongé chez lui, les cuisses ou les jambes découvertes. Il reçut ainsi Abū Bakr puis ʿUmar. Quand ʿUthmān demanda à entrer, il s’assit et arrangea ses vêtements. Interrogé, il répondit : « Ne devrais-je pas avoir de la pudeur devant un homme devant qui les anges eux-mêmes ont de la pudeur ? » (Muslim). Il disait aussi : « Le plus miséricordieux de ma communauté envers elle est Abū Bakr, le plus ferme dans la religion de Dieu est ʿUmar, et le plus sincère dans la pudeur est ʿUthmān. »

Le Coran réuni en un seul texte

Choisi par le conseil des six désigné par ʿUmar, il devint calife au début de l’an 24 H. Sous son califat, les conquêtes s’étendirent en Afrique du Nord, en Arménie, au Khorasan et sur mer. Mais son œuvre majeure fut le Coran. Quand les musulmans des provinces commencèrent à se disputer sur la récitation, ʿUthmān demanda à Ḥafṣa les feuillets rassemblés sous Abū Bakr. Il chargea Zayd ibn Thābit, Saʿīd ibn al-ʿĀṣ, ʿAbd Allāh ibn az-Zubayr et ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Ḥārith de les copier, en leur disant : « Si vous divergez avec Zayd sur un point de langue arabe, écrivez-le dans la langue de Quraysh, car le Coran est descendu dans leur langue. » Il envoya un exemplaire dans chaque grande ville. ʿAlī disait : « S’il ne l’avait pas fait, je l’aurais fait. » Tous les muṣḥafs du monde descendent de ces copies.

L’épreuve et le martyre

Les dernières années de son califat furent marquées par des contestations venues d’Égypte, de Kūfa et de Baṣra. Des insurgés assiégèrent sa maison à Médine et lui coupèrent même l’eau du puits qu’il avait offert aux musulmans. Ses compagnons voulaient le défendre ; il refusa qu’on verse le sang pour lui : « Le Messager de Dieu ﷺ m’a fait une recommandation, et je m’y tiendrai avec patience. » ʿĀʾisha rapporte que le Prophète ﷺ lui avait annoncé sa mort et lui avait demandé de ne pas combattre. Il avait déjà dit dans le hadith du puits d’Arīs : « Annonce-lui le Paradis, avec une épreuve qui l’atteindra. »

Il vit en rêve, la veille, le Prophète ﷺ, Abū Bakr et ʿUmar qui lui disaient : « Patiente : tu rompras le jeûne chez nous demain. » Il fut tué le vendredi, alors qu’il jeûnait et lisait le Coran, le muṣḥaf ouvert devant lui. Son épouse Nāʾila eut les doigts tranchés en voulant le protéger. Il fut enterré de nuit au cimetière d’al-Baqīʿ.

Le compagnon et poète Kaʿb ibn Mālik pleura sa mort :

يَا لَلرِّجَالِ لِأَمْرٍ هَاجَ لِي حَزَنًا … لَقَدْ عَجِبْتُ لِمَنْ يَبْكِي عَلَى الدِّمَنِ إِنِّي رَأَيْتُ قَتِيلَ الدَّارِ مُضْطَهَدًا … عُثْمَانَ يُهْدَى إِلَى الأَجْدَاثِ فِي كَفَنِ

« Ô hommes, voici ce qui a éveillé mon chagrin ! Je m’étonne qu’on pleure encore sur les traces des campements : J’ai vu le tué de la maison, opprimé, ʿUthmān, conduit vers les tombes dans son linceul. »

Al-Ḥasan al-Baṣrī disait : « ʿUthmān gouverna douze ans, et on ne trouvait rien à redire à son gouvernement. »

Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, partie « Sīrat al-khulafāʾ ar-rāshidīn ».

Oeuvres notables

Aucun livre. On lui doit la copie officielle du Coran (al-muṣḥaf al-ʿuthmānī), envoyée dans les grandes villes de l’islam.