Uways al-Qaranī
Le meilleur des tābiʿūn
Abū ʿAmr Uways ibn ʿĀmir al-Qaranī al-Murādī, du Yémen, vécut à l’époque du Prophète ﷺ sans jamais le rencontrer, retenu par le soin de sa mère. Il mourut vers 37 H (657), selon de nombreux récits en combattant aux côtés de ʿAlī à Ṣiffīn. Adh-Dhahabī le présente dans Siyar aʿlām an-nubalāʾ (t. 4, n° 5) comme « le modèle, l’ascète, le maître des tābiʿūn de son temps ». Il précise : « Il n’a rapporté aucun hadith avec une chaîne complète, ce qui empêche de le juger faible : il était parmi les saints de Dieu pieux et Ses serviteurs sincères. »
Le hadith qui l’a fait connaître
Dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, Usayr ibn Jābir raconte que ʿUmar, chaque fois que des renforts arrivaient du Yémen, demandait : « Y a-t-il parmi vous Uways ibn ʿĀmir ? » Un jour, il le trouva. Il lui demanda : « Es-tu Uways, de Murād puis de Qaran ? Avais-tu une maladie de peau dont tu as guéri, sauf une tache de la taille d’un dirham ? As-tu une mère ? » Uways répondit oui à tout. ʿUmar lui dit alors :
« J’ai entendu le Messager de Dieu ﷺ dire : “Viendra à vous Uways ibn ʿĀmir avec les renforts du Yémen. Il avait une maladie de peau dont il a guéri, sauf une tache de la taille d’un dirham. Il a une mère envers qui il est très bon. S’il jurait par Dieu, Dieu exaucerait son serment. Si tu peux lui demander d’implorer le pardon pour toi, fais-le.” Implore donc le pardon pour moi. »
Uways implora le pardon pour ʿUmar. Dans une autre version, il gardait volontairement la petite tache « pour se souvenir de son Seigneur ».
Le refus de la célébrité
ʿUmar lui demanda où il allait. « À Kūfa. — Veux-tu que j’écrive pour toi au gouverneur ? — Je préfère être parmi les gens humbles. » Puis il se fondit dans la foule. À Kūfa, il venait s’asseoir dans les cercles de rappel de Dieu ; Usayr raconte : « Quand il parlait, ses paroles pénétraient nos cœurs comme aucune autre. » Lorsque les gens découvrirent son rang, il quitta la ville.
Sa sagesse
On lui attribue cette parole : « La connaissance que le croyant a du droit de Dieu ne lui laisse ni argent, ni or, ni ami. » Quand on lui demanda pourquoi il n’avait pas fait le pèlerinage, il se tut ; on lui offrit une monture et des provisions, et il partit.
Une parole sans fondement solide
On rapporte un hadith selon lequel plus de gens que les tribus de Muḍar et Tamīm entreront au Paradis par l’intercession d’Uways. Adh-Dhahabī juge ce hadith « munkar » (rejeté) : il ne faut pas s’y fier. Il retient en revanche, à travers le récit de Muslim, la leçon principale de sa vie : la bonté envers sa mère et la sincérité cachée peuvent élever un homme au-dessus de ceux qui ont vu le Prophète ﷺ dans leur rang auprès de Dieu, sans qu’il soit pour autant un compagnon.
Source principale : adh-Dhahabī, Siyar aʿlām an-nubalāʾ, éd. ar-Risāla, t. 4, n° 5.