POURQUOI LES ÉCOLES DIVERGENT-ELLES ? Les quatre écoles de fiqh (ḥanafite, mālikite, shāfiʿite, ḥanbalite) s’accordent sur l’essentiel de la pratique. Mais sur certaines questions, elles aboutissent à des avis différents. Ce n’est pas par caprice : dans son ouvrage Bidāyat al-mujtahid, Ibn Rushd ramène chaque divergence à une « cause » (sabab al-khilāf). Les connaître permet de comprendre une question nouvelle, et de respecter ceux qui suivent un autre avis.

  1. LE SENS D’UN MOT Un mot du Coran peut avoir deux sens. Exemple : la femme divorcée attend « trois qurūʾ » (al-Baqara, 2 : 228). Or le mot qurʾ désigne en arabe à la fois les règles et la période de pureté. Les ḥanafites y voient les règles, les mālikites et les shāfiʿites les périodes de pureté ; chez les ḥanbalites, les deux narrations existent.

  2. UN TEXTE GÉNÉRAL ET UN TEXTE PARTICULIER Un verset ou un hadith général peut être précisé par un autre texte. Exemple : les conditions ajoutées au contrat de mariage (ne pas faire quitter son pays à l’épouse…). Le hadith « toute condition qui n’est pas dans le Livre d’Allah est nulle » est général ; le hadith « les conditions les plus dignes d’être tenues sont celles par lesquelles vous avez rendu licite l’intimité » est particulier. Les ḥanbalites rendent ces conditions obligatoires, les autres écoles non.

  3. DEUX HADITHS QUI S’OPPOSENT Exemple : la ventouse (ḥijāma) pendant le jeûne. Un hadith dit : « Celui qui pose les ventouses et celui qui les reçoit ont rompu leur jeûne » ; un autre rapporte que le Prophète ﷺ s’est fait poser des ventouses en jeûnant. Les ḥanbalites retiennent le premier, les autres écoles le second.

  4. UN ORDRE : OBLIGATION OU RECOMMANDATION ? Exemple : celui qui divorce sa femme pendant ses règles reçoit l’ordre de la reprendre. Les mālikites y voient une obligation ; les shāfiʿites et les ḥanbalites une recommandation.

  5. L’ANALOGIE FACE AU RÉCIT Exemple : la femme mariée sans dot fixée, dont le mari meurt avant la consommation. Le raisonnement dit : pas de contrepartie sans consommation ; mais un hadith rapporte que le Prophète ﷺ a jugé pour Barwaʿ bint Wāshiq qu’elle recevait la dot de ses pareilles.

  6. LA PAROLE D’UN COMPAGNON Exemple : l’homme qui épouse une femme pendant sa ʿidda et consomme. ʿUmar jugea qu’ils ne se réuniraient jamais ; Mālik suit ce jugement, les autres écoles non, en rappelant que ʿAlī l’a contredit.

CE QU’IL FAUT RETENIR Chaque avis repose sur des textes et un raisonnement sérieux. Celui qui n’est pas spécialiste suit l’école de son pays ou de ses maîtres, et apprend à respecter les autres.

POUR ALLER PLUS LOIN Ces exemples sont tirés de nos manuels de fiqh comparé, rédigés à partir des ouvrages de référence de chaque école : → Fiqh comparé · Niveau 1 (la purification et la prière) : taha-academy.com/bibliotheque/198 → Fiqh comparé · Niveau 2 (la zakāt, le jeûne, le Hajj et le sacrifice) : taha-academy.com/bibliotheque/199 → Fiqh comparé · Niveau 3 (le mariage, le divorce, la famille et les aliments) : taha-academy.com/bibliotheque/202 → Initiation à uṣūl al-fiqh : taha-academy.com/bibliotheque/188